Faut-il, oui ou non, mettre un filtre de protection sur son objectif ?

Filtres photographiques

That is The question !

En parcourant les forums, il est indéniable que ce sujet doit user quelques claviers, voir quelques bouts de doigts. Et j’avoue que la lecture assidue des positions campées des uns et des autres, doit être quelque peu déconcertante pour le photographe débutant qui ne sait pas, au bout du compte, à quel saint se vouer. Alors je vais vous faire part de ma modeste expérience en étant le plus possible factuel, afin que chacun(e) puisse, en connaissance, adopter sa propre stratégie.

À quoi peut servir un filtre de protection ?

En ambiance hostile (humidité, sel, sable, poussière etc…)

Il évite le contact de la lentille d’entrée de l’objectif avec des éléments risquant de la détériorer lors du nettoyage. En effet, tout le monde comprend bien que si on nettoie une optique avec un chiffon ayant  capté un grain de sable, il y a risque de rayure. Et cela coûte souvent moins cher de changer un filtre qu’un objectif. Lorsque vous mettez en place un filtre de protection, plus aucune poussière ni tâche ne viendra salir la lentille frontale de votre objectif. Ainsi, le nettoyage se fera toujours sur la partie externe du filtre. Après de longues années d’utilisation, je vous assure que le filtre finit toujours par laisser apparaître de petites rayures. Il est alors temps de le remplacer mais vous conservez un objectif intact, du moins en ce qui concerne sa lentille frontale.

Protection contre les chocs.

Il peut également, dans une certaine mesure, protéger la lentille frontale des petits chocs. Ces sont les objets plus durs que le verre qui immanquablement viendraient à rayer. Effectivement, sur un choc conséquent, le filtre lui-même, peut en cassant, endommager la lentille frontale. Aujourd’hui, certains fabricants utilisent des verres de grande résistance (HD) pour leurs filtres protecteurs haut de gamme. Cela limite le risque de casse même avec des chocs conséquents (un peu comme les parebrises de voiture). Afin de protéger plus efficacement encore votre objectif des chocs frontaux, je vous conseille plutôt le port permanent du pare-soleil. En effet celui-ci en se déformant,(principe de l’air bag que tout le monde connait) protège bien l’objectif et sa lentille frontale des chocs. On imagine bien également qu’ils peuvent être utilisés de façon complémentaire, l’un avec l’autre. Afin d’offrir un maximum de protections contre les chocs et les agressions abrasives.

Quels types de filtre utiliser ?

En préambule, il faut néanmoins savoir que lorsqu’on ajoute une lame de verre devant l’objectif les lois, de l’optique géométrique, s’appliquent irrémédiablement. Par conséquent, on introduit dans le chemin optique une source de réflexions. En effet, dans ce cas (pour ceux qui ont quelques notions d’optique géométrique) on ajoute deux dioptres avec changement d’indice (limites de milieu entre air/verre, puis entre verre/air, loi de Snell-Descartes). Pour simplifier, cela veut dire que lorsqu’on ajoute  un filtre, on ajoute en fait deux surfaces optiques, une surface d’entrée et une de sortie que l’on appelle des dioptres. Chaque dioptre génère de la transmission et de la réflexion. Ce qui a pour conséquence de limiter la lumière transmise. Néanmoins, sur les bons filtres de protection (donc cher) les traitements antireflets modernes (multicouches) permettent d’afficher une réflexion quasiment nulle et une transmission très proche de 100% (~99,7%). Par ailleurs, pour ne pas générer de défauts optiques, les verres utilisés et la qualité de leur usinage doivent être irréprochables. Ce qui justifie le prix des filtres. Il faut donc intégrer dans ses choix que, si on décide de mettre un filtre devant son objectif, il faut y mettre le prix, pour éviter les mauvaises surprises.

Filtre protecteur

Il existe deux grandes familles de filtres, habituellement utilisés par les photographes, pour assurer la protection de la lentille frontale :

Les filtres anti-UV

Comme leur nom l’indique, ils bloquent les UV (skylight, 1A, 1B). Par conséquent, ils modifient le spectre lumineux qui frappe le capteur. Personnellement, j’avais à l’époque de l’argentique fait des essais avec et sans filtre UV. Indéniablement la colorimétrie variait alors légèrement. Je conseille donc de ne pas utiliser un filtre de type anti-UV pour protéger un objectif. Cela d’autant plus que tous les objectifs modernes sont déjà traités contre les UV ! Par ailleurs, lorsque vous les utilisez, vous constaterez que vos images sont légèrement plus contrastées et que la balance des blancs est quelque peu décalée. Cela offre des ciels légèrement plus bleu. Si vous aimez ces effets alors ne vous privez pas de ce type de filtre.

Les filtres protecteurs

Ils sont eux par définition des filtres neutres (ND). Cela veut dire, qu’ils ne déforment pas le spectre de la lumière. Un filtre protecteur doit être le plus neutre possible et donc ne pas générer de défauts optiques. Mais il doit également être traité multicouche afin de limiter au maximum la réflexion.

Bien, la première conclusion qui s’impose est donc de se dire, si je mets un filtre pour assurer la protection de la lentille frontale de mon objectif, je choisirais plutôt un filtre dit de protection neutre. Surtout pas un filtre UV qui risque de modifier le spectre transmis au capteur ! De plus, pour que la transmission soit de bonne qualité, il faut que les traitements antireflets soient efficaces. Par conséquent, il faut investir dans un filtre haut de gamme. Cela implique cher ! Et il sera d’autant plus cher, que son diamètre est grand. Par exemple, pour un diamètre de 77 mm, le prix d’un filtre protecteur Hoya HD (haut de gamme Hoya) est aux environs de 70€.

Quels inconvénients produit un filtre de protection ?

Du piqué ?

Vous avez déjà certainement lu que les filtres altèrent le piqué (ce qui veut dire : netteté, définition, pouvoir séparateur,…). Personnellement, je ne l’ai jamais constaté et je n’en ai jamais eu la preuve. À mon avis le piqué de l’image dépend bien plus de l’ouverture du diaphragme et de la qualité optique intrinsèque de l’objectif, que du filtre. Et ce de quelque nature qu’il soit. Un filtre plan, ne modifie pas la trajectoire du photon (ce n’est pas une lentille).  Il est donc sans incidence sur la modification de la définition de l’image. Vous pouvez faire des tests avec et sans filtre. Puis montrer vos images en crop 100% à vos proches et leurs demander s’ils voient une différence. Vous serez surpris des réponses. Parfois, ils trouveront l’image avec filtre plus piqué que sans. Donc, sur ce point, je ne suis pas persuadé d’une perte quelconque. Je m’inscris donc en faut sur ce point, par rapport à ce que j’ai pu lire, de ci, de là sur la toile.

Du vignetage ?

Par contre, ce qui est vrai, c’est que les filtres de mauvaise qualité peuvent générer des défauts optiques. Tels que par exemple, des aberrations chromatiques ou plus fréquemment du vignetage. C’est-à-dire une perte de lumière dans les angles. C’est la raison pour laquelle, il ne faut utiliser que des filtres d’excellente qualité optique (ceci est également vrai pour tous les autres types de filtre).

du flare ?

Les filtres génèrent du flare (prononcer flaire). Le flare est une réflexion qui se propage dans les lentilles de l’objectif. Elle concentre sur une petite surface une tâche lumineuse ou une série de tâches (proportionnel au nombre de dioptres). Ces taches forment souvent l’image du diaphragme (et on voit alors, de combien de lamelles, il est composé). Oui, cet effet existe. Il est souvent provoqué également directement par les lentilles de l’objectif. Ce phénomène est encore lié aux lois de l’optique géométrique et au fait que les dioptres avec changement d’indice génèrent des réflexions. De jour, ce phénomène apparaît rarement. Sauf lorsque l’angle d’entrée de la lumière dans l’objectif, s’approche de l’incidence du Soleil ou d’une source lumineuse de forte puissance.

En photo de nuit mieux vaut retirer le filtre pour limiter le flare

Par contre, en photographie de nuit, la moindre lumière parasite captée apparaît irrémédiablement sur les fonds noirs. Et là, je recommande de retirer le filtre de protection. Car même avec le meilleur des filtres neutre la probabilité de générer du flaire est augmentée. Cela par le fait, que chaque dioptre génère inévitablement de la réflexion. Néanmoins, ce qu’il faut savoir c’est que les objectifs bas de gamme en généreront probablement plus que les hauts de gamme. Car, ces derniers sont réalisés à l’aide de verre disposant des dernières évolutions technologiques, verre ED, traitement antireflet multicouches, etc…. Par ailleurs, pour éviter le flare en photo de nuit il est également fortement conseillé d’utiliser le pare soleil.
En conclusion, oui le filtre de protection peut générer du flare et ce d’autant plus s’il n’est pas correctement traité anti-reflet. S’il est de bonne qualité (traitement multicouche antireflets), il n’en générera pas plus, mais pas moins, que les lentilles du très bon objectif sur lequel vous l’aurez monté. Bien sûr, jusqu’à une certaine limite…

En conclusion

Un filtre oui mais, pas toujours !

Il n’est pas forcément judicieux d’équiper tous les objectifs de filtre de protection. Serait-il justifié de mettre sur un objectif bas de gamme, un filtre haut de gamme ? Et l’inverse ? Encore moins !

Il faut, je pense, raison garder, et donc utiliser un filtre si cela permet une tranquillité d’esprit afin d’utiliser son matériel en toute sérénité pour se concentrer sur l’essentiel, le cadrage et la composition. Dans la très grande majorité des situations votre filtre neutre n’altérera en rien la qualité de vos images et si vous êtes détendu vous serez bien plus attentif à saisir l’émotion furtive :-P.

Personnellement, j’utilise un filtre de protection haut de gamme sur tous mes objectifs de qualité donc chers. Je n’en mets pas sur les objectifs qui ne sont pas très onéreux.  Par contre, je les retire lorsque les angles de vue risquent de générer du flare notamment en photo de nuit.

Parfois, sur les forums, je lis encore que des photographes mettent pour filtre de protection des anti-UV ou des polarisant. Je vous le déconseille fortement. En effet, tout filtre non neutre modifiera le spectre lumineux qui atteint votre capteur et par conséquent la qualité de vos images.

Il faut noter que certains objectifs haut de gamme sont équipés de lentille frontale de protection qu’il est possible de changer facilement. Ce sont en fait déjà des filtres neutres mis en place à la conception et qui sont souvent facile à changer. Dans ce cas un filtre de protection supplémentaire ne sert à rien. Il faut donc penser à lire sa notice avant de faire un choix.

Attention au nettoyage !

Si vous choisissez de ne pas mettre de filtre de protection, je vous recommande pour le nettoyage de votre lentille frontale de commencer par la soufflette (poire) puis de passer le pinceau (voir le pinceau souffleur) et en fin de terminer avec le chiffon microfibre ou par le  stylo Lenspen carbone qui est très efficace également pour éliminer toute trace. Cette procédure consistant à, souffler avant de frotter, devrait vous éviter de générer des rayures en chassant les grains dangereux.

Quel filtre choisir ?

Si comme moi, par prudence, vous souhaitez vous équiper et que vous ne savez que choisir je peux vous recommander ces deux filtres que j’utilise personnellement avec satisfaction :

  • Hoya protector Pro 1D (qualité professionnelle)
  • Hoya protector HD (haut de gamme de la marque avec verre encore plus résistant et traitements haut de gamme dont le ruissellement des gouttes d’eau)

D’autres marques de bonne réputation mais que je n’utilise pas personnellement :

  • B&W
  • Évidemment, tous les fabricants de matériels (Nikon,Canon,…) vendent également ce type de filtre de protection haut de gamme. Ils sont souvent plus chers et néanmoins fabriqué par les mêmes fabricants cités précédemment.

N’hésitez pas à réagir à cet article. Toutes vos remarques et expériences personnelles sont les bienvenues.

One Reply to “Faut-il, oui ou non, mettre un filtre de protection sur son objectif ?”

  1. Merci pour cet article.

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